mercredi 16 décembre 2009

Faut-il légaliser le cannabis ?

République tchèque: la drogue autorisée

Le gouvernement tchèque a annoncé aujourd'hui sa décision d'autoriser la possession de petites quantités de drogue allant jusqu'à 1,5 gramme d'héroïne, un gramme de cocaïne ou 15 grammes de marijuana.

Le nouveau règlement présenté par la ministre de la Justice Daniela Kovarova autorise aussi la possession de cinq grammes de haschisch et de cinq doses de LSD sous forme notamment de comprimés, capsules ou cristaux. Jusqu'à présent, la loi autorisait la possession de "petite quantité de drogue", sans aucune autre précision.

Il y a quinze jours, le gouvernement tchèque a autorisé les gens à planter jusqu'à cinq pieds de chanvre indien, de coca ou de cactus contenant de la mescaline, et à posséder jusqu'à 40 champignons hallucinogènes.

Pour lutter contre le dopage dans le sport, le gouvernement a décidé d'autoriser la possession uniquement d'une seule dose d'un type d'anabolisants.

Source : Presse bourgeoise

Agitation aux assedics-fantômes !

Quand une simple diffusion de tracts conduit des chômeurs à faire effectuer l'accueil des ex-Assedics (Pôle Emploi) par la personne du directeur.

Des membres du collectif-précaires effectuaient leur habituelle diffusion de tracts vendredi dernier au centre administratif de Champ-Giraud. En faisant leur tour au site des ex-Assedics de Pôle Emploi, ils y ont rencontré des chômeurs pas contents qu'on les fasse lanterner.

En effet, les membres du collectif avaient distribué leur tract à la dizaine de personnes qui faisait déjà la queue à l'accueil des ex-Assedics de Pôle Emploi. Un homme leur ayant fait part de son agacement (après avoir fait le 3949 on lui a dit de se déplacer à l'agence suite à une erreur de pôle-emploi dans son dossier, mais il craint de ne pas être reçu), le collectif attend pour veiller à ce qu'il soit bien reçu. Mais l'attente se prolonge, et tout le monde se rend compte que cela fait de longues minutes que la dame assurant l'accueil s'est volatilisée. Près de 20 minutes passent et toujours personne à l'accueil ; la file d'attente, elle, par contre a doublé ! Le mécontentement et l'interrogation dénouent un peu les langues. Encore une fois, on fait lanterner les chômeurs comme s'ils ne devaient faire que ça de leur vie. Quand est-ce que quelqu'un va revenir à l'accueil ? Aura-t-on finalement le temps de passer ? Et d'ailleurs comment se fait-il qu'il n'y a personne pour accueillir les gens qui arrivent ?! Tout ça sans explication. C'est à se demander...

Les ex-assedics peuvent-ils être fermés tout en étant ouverts ?

Des membres du collectif et des usagers décident alors d'aller à la recherche de conseillers ; on se promène dans les bureaux, on se rend compte que tous sont vides ! Ou presque ; on tombe d'abord sur une conseillère qui reçoit la dernière usagère qui a vu quelqu'un en face d'elle à l'accueil. On lui demande comment cette situation est possible. Elle nous dit qu'il faut patienter, que c'est difficile pour eux, qu'ils ne sont que deux à travailler ce midi...! On lui fait remarquer que pour les chômeurs, au moins, cette situation n'est pas acceptable. Les locaux sont effectivement déserts de conseillers. Mais alors, les ex-Assedics sont-ils ouverts ou fermés ? Pôle-Emploi fait-il semblant d'être ouvert ? Au fond d'un autre bureau, on croise un autre salarié affairé dans des paperasses ; seule réponse, "désolé". Pouf, plus loin on tombe sur une dame, en discussion avec le salarié désolé (qui du coup a fait preuve de réactivité). Cette dame s'avère être directrice-adjointe. On la fait venir dans la salle d'accueil, pour admirer la foule présente. Après un "je reviens", elle nous revient avec le "directeur" (de quoi, ça on ne saura pas). Le directeur, es-communication, se trouve alors face à la vingtaine de personnes, agacée mais guère agressive. On lui demande tout de même des explications. On obtient alors, enfin, la raison de ce (non-)traitement ; ils sont en pleine réorganisation ! On lui fait remarquer que de toutes façons ils ne peuvent pas faire semblant d'être ouverts, que la situation n'est pas acceptable.
C'est ainsi que, environ 45 minutes après la disparition de la conseillère à l'accueil, le directeur es-communication à pris sa place derrière le guichet pour recevoir les chômeurs, en plus d'un autre salarié qu'il a fait venir (sorti d'on ne sait où).

Les membres du collectif-précraires quittent les lieux quelques minutes après, satisfaits d'avoir suscité de l'échange et de la concertation entre chômeurs, un début de réaction collective et porté ainsi un petit coup à la méprise administrative.

FAISONS PLOYER PÔLE EMPLOI !
ACCÈS DIRECT ET CHOISI AUX CONSEILLERS, SUPRESSION DU 3949, STOP AUX CONTRÔLES, DES RESSOURCES POUR TOUS !

Collectif-Précaires de Tours
precairestours@no-log.org
http://precairestours.eklablog.com

mardi 15 décembre 2009

Toxicomanie : le gouvernement ne veut pas de "salles de shoot"

Les "salles de conso", des "piqueries," des "drogatoriums" ou encore des "salles de shoot"... Les noms ne manquent pas pour désigner des lieux, qui pourtant, n'existent pas en France : des endroits encadrés ou les toxicomanes pourraient consommer crack, héroïne, cocaïne dans une relative sécurité. C'est également l'objet de la délibération que l'adjoint au maire de Paris chargé de la santé, Jean-Marie Le Guen, va soumettre, lundi 14 décembre dans la soirée au Conseil de Paris.

Le député et médecin parisien sollicite la réalisation d'une étude visant à mettre en place des salles de consommation. "Dans ces salles, on peut mettre [les toxicomanes] dans un environnement sécurisé, éviter la transmission du sida et de l'héphatite C." Les usagers de drogues sont particulièrement touchés par le virus de l'hépatite C (VHC) et environ un tiers l'ignorent, ce qui contribue à propager l'épidémie, d'après des enquêtes spécialisées. "Il faut adopter une vraie politique de santé publique", poursuit Jean-Marie Le Guen. "La lutte contre la toxicomanie est au point mort parce qu'elle est pris en charge par un petit lobby réactionnaire, la Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie, qui pense que la culpabilisation est une méthode efficace", estime ce médecin.

"Les toxicomanes qui se shootent dans la rue où dans les cages d'escaliers sont dans une situation de précarité difficile, ces centres seront le moyen de faire un premier pas dans le système de soin" souligne Pierre Chappard, responsable de l'Association d'usagers de drogues. La création de centres répond également à une demande "très forte des riverains de la place Stalingrad (19e arrondissement) ou de la rue Myrha (18e arrondissement)", selon l'adjoint au maire. Les habitants ne veulent plus trouver des seringues sur le trottoir et assister à des scènes de shoot dans leurs cages d'escaliers en rentrant de l'école", souligne-t-il.

"FACILITER LES USAGES, C'EST UNE FORME DE DÉSESPÉRANCE"

"Je suis contre l'idée de cacher les toxicomanes dans des centres sous couvert de prise en charge médicale", tranche Etienne Apaire, président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt). "Les propositions de M. Le Guen vont beaucoup trop loin. Nous ne cherchons pas à accompagner les usagers, mais à les sortir de la drogue. Faciliter les usages, c'est une forme de désespérance."

Selon plusieurs associations, il existe aujourd'hui près de 80 salles de consommation dans le monde, dont 31 au Pays-Bas, 20 en Allemagne, 17 en Suisse, trois en Espagne. "La plupart de nos voisins ont déjà construit ces centres, La France est en retard", estime Pierre Chappard. "Nous n'avons aucune étude permettant d'avancer que ce genre d'infrastructures aient un effet positif", répond pour sa part Etienne Apaire. La Mildt rappelle dans sa dernière campagne de communication que la drogue est illégale et souligne sur son site qu'un "usager encourt un an d'emprisonnement, 3 750 euros d'amende ou l'une de ces deux peines seulement."

Source : Presse bourgeoise

mercredi 9 décembre 2009

"Mutantes" par Virginie Despentes

Mutantes (Féminisme Porno Punk) de Virginie Despentes
Lundi 21 décembre à 22h30 (en clair) sur PinkTV

«Mutantes» est le nouveau film de Virginie Despentes, un documentaire féministe, porno, punk roboratif et passionnant sur la «post-pornographie lesbienne» qui sera diffusé en exclusivité et en clair sur Pink TV le 21 décembre à 22h30. Elle a accordé sa première interview à TÊTUE, pour parler de «Mutantes» et de son retour en France.

Elle semble loin l'époque où la communauté lesbienne s'écharpait à cause des sex-toys et voyait dans la pénétration un symbole de l'«hétéropatriarcat». Aujourd'hui, la nouvelle génération lesbienne et féministe en France assume son goût pour la sexualité, joue librement avec ses genres, a investi le champ de la (post-)pornographie, et revendique des espaces pour créer de nouvelles subjectivités.

L'écrivaine Virginie Despentes a voulu rendre hommage aux réalisatrices, activistes, sex-workers qui ont précédé la génération libérée d'aujourd'hui et ont tracé la voie de la pornographie faite par des femmes (lire ici).

C'est pour cela qu'elle a réalisé «Mutantes», un documentaire féministe, porno, punk roboratif et passionnant qui a «pour ambition de jouer un rôle salvateur, parce que tranchant sur le discours ambiant qui voudrait que le sexe ne soit jamais aussi bien pratiqué que dans la chambre, que la dignité des femmes dépende toujours de leur sagesse et passivité». Oui les lesbiennes peuvent aimer le sexe, la brutalité, le sex-work et le montrer.

L'écrivaine tire son chapeau à celles qui ont ouvert la voie de la réappropration du corps, de la sexualité des femmes et de ses représentations, aux Etats-Unis dans les années 80: Annie Sprinkle (photo), Maria Beatty, Lynn Breedlove, Candida Royalle, Carol Queen… Et nous donne un très beau panorama de celles plus récentes qui ont repris le flambeau.

Comme le conclut (provisoirement) Virginie Despentes, «le mouvement post-porno est une nouvelle étape de la révolution féministe».

TÊTUE: Comment est né ton projet de documentaire?
VIRGINIE DESPENTES: Je voulais pas faire un truc historique, parce que je savais que je n'aurais pas le fric pour les archives, ni un truc qui parle des tensions féministes avec les abolitionnistes. De toute façon, Antoinette Fouque et Catherine Mac Kinnon n'ont pas voulu nous répondre. J'ai donné la parole à celles qui ont initié tout ça au début des années 1980. Je voulais vite arriver à l'Espagne avec les Barcelonaises et parler d'Émilie Jouvet, le Queer X Show, je trouve ça super bien, c'est donc pas du tout un truc qui s'est éteint à la fin des années 1980. La post-pornographie, ça circule partout aujourd'hui: c'est au pays Basque, à Lubiana, à Berlin. C'est un manifeste pour les lesbiennes. Dans le post-porn, les gens bossent sur des trucs vachement différents les uns des autres, c'est cool, y a pas de problème d'uniformité.

Tristan Taormino, par exemple, est queer depuis toujours et bosse sur des trucs plutôt préventifs vachement bien faits. Le porno, quand tu vois les réactions que ça suscite, c'est clair que c'est un terrain de résistance. Depuis Baise-moi, en France, y a plus eu ce genre de film parce que la loi a parlé très fort, très clairement. Et qu'il faut faire plus de travail sur le sexe pour le sortir du porno. Y a plus de boulot de ce genre-là. À la base, j'adore les films de violence, mais quand tu ne peux pas représenter le sexe, et qu'en violence, tu peux tout te permettre, y a un problème. Et que, du coup, on se retrouve avec des comédies, des comédies, des comédies, y a peut-être autre chose à faire dans le cinéma, et je pense que le porno, c'est un front de résistance important pour le féminisme, quand même. Pas le seul -le porno va rien faire pour les sans-papiers-, mais c'en est un. Et surtout, quand c'est du porno fait par des femmes.

Ton livre King Kong Theory s'adressait plus à toutes les femmes. Ici, tu as fait un documentaire de l'intérieur du monde lesbien et pour les lesbiennes?
Oui c'est plus ce que j'ai voulu faire, un film pour les lesbiennes, je trouve ça bien, le truc qui me frappe le plus pour moi qui devient lesbienne à 35 ans, c'est incroyable, c'est que tu peux voir tous les films lesbiens en un an sans te forcer. La pornographie lesbienne, en trois mois, t'as tout vu. C'est cool. Si les gouines peuvent sortir contentes et les hétéros en se posant quelques questions, pour moi c'est une très bonne chose, car, putain, on n'est pas inondées! (Rires.) Ouais, le côté manifeste de mon documentaire, c'est assumé. Et après, c'est vrai que ce n'a plus été le pendant filmique de King Kong Theory, car ça sortait quatre ans après, là, j'avais envie de faire quelque chose où t'es contente d'être gouine, à la fin.

Tu te considères comme bio-femme, lesbienne, hétéro décentrée, cyborg straight? Ou tu ne te définis pas? Je ne me définis pas. Dans le regard des autres, j'ai l'impression d'être bizarre mais moi je me définis pas. Après, je me pense lesbienne. Je suis en couple depuis quatre ans avec une femme. Et je suis super heureuse.

Tu te dis pas «demain je pourrais être avec un mec»?
Non, même si tout est possible, mais je me le dis jamais. Je suis amoureuse et super à l'aise hors de l'hétérosexualité, cette possibilité d'en être sortie, c'était comme une libération, tu sais mais inattendue, comme Bruce Willis quand il est coincé dans un métro en flammes, il voit une sortie au loin, je me sentais vraiment comme ça, d'un coup, y a une lumière, car j'étais vraiment super mal, je me sentais plus du tout à l'aise dans l'identité « fille hétéro de 35 ans », l'avenir me semblait pas radieux. Ouais, je suis heureuse dans cette vie-là, je ne savais même pas avant que ça m'arrive que c'est au-delà de la sexualité. Ton regard sur toi-même est différent, quand t'ouvres le journal, quand t'allumes la télé, quand tu lis un livre, ton regard change sur tout, et c'est une vraie libération, parce que hétéro, c'est pas marrant. Mais je viens de là, et je peux pas les voir comme très loin. Elles en chient vachement, les filles hétéros. Or quand on est gouine, on est dans un bon espace de sexualité, d'amour, de désir, et il me semble bien de le dire.

Le post-porn, dans son versant sex-work, c'est un outil puissant, charnel, pour se réapproprier son corps mais je connais des lesbiennes qui ont été dans la prostitution et que ça a totalement flingué…
Déjà le post-porn et la prostitution, ce sont des outils complètement différents: a priori le travail sexuel, c'est pour gagner ta vie, le post-porn, c'est pas pour gagner ta vie, ou alors c'est pas une bonne idée. Je connais des gens qui ont été flingués par l'industrie du disque, du cinéma, y a plein de boulots qui te massacrent, gagner ma vie en tant qu'auteure, c'est un super luxe, mais ça m'a fracassé, c'est super dur, y a des moments où t'es désespérée, le public, c'est pas marrant. Même si toi, tu changes pas, le public change autour de toi, parce que t'as plus d'anonymat, parce que t'es comme une conne dans le métro, parce que y a toujours quelqu'un qui te reconnaît, et des fois, t'as juste envie de mourir. Donc ouais, le travail sexuel, parfois, ça te massacre. Mais je connais aussi les gens du disque par exemple, qui ont vécu à l'intérieur de leur branche une véritable guerre civile, et je les trouve pas très différents de la vieille pute du coin. On est dans des systèmes qui nous massacrent pour nous laisser, à la fin, SDF au bord de la rue. Donc bon, j'ai jamais dit que le travail sexuel soit pimpant du tout. C'est un boulot comme un autre, et y a des filles plus douées que d'autres. Mais je crois que comme ledit Norma Jean Almodovar le mariage tue plus que la prostitution... Après, pénaliser les prostituées, ça ne fera jamais rien de bien, mais je suis pas pour le fait de trouver ça glam!

Butler et Preciado que j'avais interviewées (lire ici l'interview) parlent de stratégies biopolitiques dans la sexualité, mais on a l'impression que ça manque un peu de tendresse et de romantisme, tout ça...Le post-porno ne doit pas être un terrain qu'on désinvestit parce que ça manque de tendresse ou autre chose. Moi j'adore le post-porno! Je viens pas chercher la tendresse dans le post-porn, Annie Sprinkle parle vachement de ça, c'est le Love Art, et ça m'intéresse beaucoup. Mais y a pas de hiérarchie à faire, le sexuel me semble toujours perturbant aujourd'hui, scandaleux, je vois justement quand on bosse là-dedans le bordel que c'est pour trouver les bonnes limites, les limites des gens, les limites réelles. Par contre si je bossais sur le Rwanda, je pourrais montrer des enfants découpés, personne viendrait me faire chier. Là, je peux pas montrer une fille qui fait pipi dans la rue quoi. Ça reste important de montrer les images qu'on veut, c'est des questions qu'on se pose pour pouvoir passer sur Pink TV le soir, et pas sur RTL à 20h.

Le porno, s'il n'y a que ça, c'est horrible, et c'est pas faire l'amour là, mais c'est un super terrain, et qui me semble intéressant: par exemple les Barcelonaises et leur brutalité, c'est intéressant de montrer ça parce que c'est pas ce qu'on attendrait de filles entre elles, mais bon, elles ont le droit. Mais j'aime imaginer Judith Butler sur le front du romantique...(Rires)

Pas trop angoissée de rentrer en France dans le contexte politique actuel?
Oui, à fond, mais ce qui se passe en Espagne n'est pas trop rassurant non plus, ni avec les nationalismes, ni avec le scandale récent parce que les filles de Zapatero ont dîné avec Obama habillées en gothique. T'as l'impression qu'une guerre peut-être là demain. On traîne des boulets super glauques, super morbides et psychotiques, en Europe. La Seconde Guerre mondiale est pas finie, la Guerre d'Espagne est pas terminée, on se traîne des vrais problématiques totalitaires. On sait que cette logique n'amène jamais rien, les dirigeants peuvent être gagnants, car ils peuvent mieux maîtriser la crise. Je regarde où je peux aller et c'est partout pareil. Après les gens, je les aime bien partout.

Une question sur un autre nerf de la guerre à côté de la pornographie, c'est la maternité dans le féminisme. On va vers une société technophile et qui utilise des utérus artificiels. Tu en penses quoi?
Moi je suis pour. On n'est pas dans une société post-féministe et jamais la propagande n'a été aussi forte pour que les femmes fassent des enfants. Je pense que l'envie de faire des enfants n'est pas si naturelle et si universelle pour toutes les femmes que ça. Elle est créée par un discours qu'on entend depuis une vingtaine d'années, et qui n'a qu'une finalité, c'est qu'on va faire la guerre. On produit des humains, des humains parce que le fils de Sarkozy dans quelques années va les emmener se faire tuer. C'est une propagande de type bonapartiste. La maternité, c'est un pouvoir énorme, et je ne comprends pas pourquoi les femmes ne l'utilisent pas en disant, nous on ne fera plus d'enfants tant qu'ils sont 35 par classe, stop, tant qu'il n'y a pas de crèches, stop, tant qu'on bouffe des OGM, stop... T'as le pouvoir total et tu ne t'en sers jamais?! Pourquoi est-ce que politiquement, on prend jamais le pouvoir? Et après, y a un truc totalement personnel: pourquoi, pour moi, l'utérus artificiel serait une bonne chose, parce que pour moi de venir de la mère, c'est la névrose totale. Faut rompre avec cette tradition de la maman.

T'as déjà eu un désir d'enfant?
J'ai eu un vrai désir d'enfant, autour de 35 ans et j'ai compris que je n'en aurais pas. Comme j'ai eu une vie toxique, mon corps est plus vieux, ça a été un désespoir et, maintenant, ça me va vachement bien. Je connais vachement de gens qui ont des enfants, et, maintenant que je les vois grands, j'en ai plus envie, j'en avais envie quand ils étaient bébés. Je trouve cela vachement dur dans quoi on les met au monde. Les deux sont violents d'en avoir un et de ne pas en avoir un et, pour ça, c'est un vrai piège d'être une fille. Pour en revenir au documentaire, il me semblait bien de faire un documentaire qui ne parlait pas des hommes, ni de maternité ni de contraception, juste un cadeau pour nous!

La visibilité lesbienne explose, les nanas sont sur tous les fronts: féminisme, rock, écriture. Les gays semblent un peu à la traîne...
Oui, peut-être. Mais, en attendant, ils ont marqué le look de tous les garçons hétéros, et c'est génial, parce que quand t'es hétéro, c'est bien les looks de voyou, mais, au bout d'un moment, ça saoûle. Et sur la visibilité lesbienne, on n'y est pas encore, donc, faut en profiter. En même temps, c'est pas encore ça. Tu as des ministres en Espagne qui le sont et des grandes journalistes, mais elles ne le disent pas. On a un truc politique énorme à jouer en disant qu'on est gouine. Parce que hétéro, c'est pas forcément cool, et si tu sais que t'as une alternative, ça va pas du tout être pareil, va y avoir une contagion. Aux hétéros, c'est ça qu'on leur demande, de bien dire qu'elles l'aiment leur merde, leur féminité.
C'est pas la même obligation quand t'es féminine et lesbienne, c'est une «féminité problématique», et c'est bien de dire que la féminité n'appartient pas aux hétéros. Faut qu'on en profite de cette visibilité car va y avoir un retour de bâton rapide et brutal. Je le pense, moi je suis pessimiste, faut le faire à fond et faire passer tout ce qu'on peut, tant qu'on peut, ça peut revenir sous forme de guerre, faudra à nouveau aimer les hommes qui sont partis à la guerre, tout sera remis à sa place.

À quand ton porno lesbien?
Là je suis folle des petites Espagnoles, les Basques et les Barcelonaises, mais c'est vachement compliqué à plein de niveaux, compliqué de demander à des filles de faire quelque chose que je ne fais pas. Comme j'ai déjà fait Baise moi, t'exposes des corps mais qui sont pas le tien. Toutes se mettent en scène, toutes celles qui sont dans mon documentaire jouent dans leurs propres films, à l'exception d'Émilie Jouvet. Je ferai un porno quand je serais prête à jouer dedans, ou alors quand je serai très vieille. (Rires.) Si je fais un porno avec les Barcelonaises, et j'en ai super envie aujourd'hui, y aura une exposition maximale, étant la fille qui a fait Baise-Moi y a dix ans ; on saura ce que le Figaro en pense, VSD, et puis je vais exposer les filles, et ça peut être violent. Quand Maria Beatty fait Post Apocalyptic cowgirls, c'est les gens que ça intéresse qui regardent, c'est un jugement cultivé. Moi si je fais un porno, on saura ce que n'importe quel connard en pense, et ça, c'est violent, le regard des étrangers peut être super blessant.

Source : Presse Bourgeoise

mardi 1 décembre 2009

PÉTITION EN DÉFENSE DES STRUCTURES IVG

La loi Bachelot "Hôpital Santé Territoire" accèlère la logique de rentabilité à l'hôpital

Elle impose aux établissements hospitaliers restructurations, fusions, regroupements... Son objectif : diminuer les dépenses à tout prix, travailler plus avec moins de personnel...

Cette politique signifie le démantèlement des structures qui pratiquent les interruptions volontaires de grossesse. Rien n'a été fait pour le maintien de cette activité malgré les affirmations des pouvoirs publics.

Il s'agit d'une atteinte grave à l'obligation d'organiser l'offre de soin en matière d'avortement à l'hôpital public, une remise en cause de la qualité des soins. Délais d'attente importants, refus de la prise en charge en particulier des mineures et des étrangères sans papiers, quota d'IVG, sectorisation et fermetures de structures sont la traduction concrète de cette politique pour les usagères.

Ce processus de dégradation répond autant à des objectifs idéologiques qu'économiques. C'est la liberté des femmes de décider d'avoir ou non des enfants qui est remise en cause.

Parce que l'avortement est un droit humain fondamental, nous demandons le maintien des structures existantes et l'ouverture de nouveaux lieux dédiés à l'avortement, pour une véritable égalité d'accès pour toutes par une offre de proximité partout en France.

Ancic (Association nationale des centres d'interruption de grossesse et de contraception) / Cadac (Coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception) / Le Planning Familial

Pétition >>>>

vendredi 27 novembre 2009

Il n'y a pas de grippe "Hasch" !

Libération du 26 octobre titrait en Une «Quand les dealers font la loi». On est surpris de voir ce quotidien, engagé en 1976 pour la dépénalisation de l’usage du cannabis, faire aujourd’hui l’apologie de la prohibition. Il y aurait un «paradoxe» auquel serait en butte les partisans d’une politique moins répressive. On peut remercier Libération de pousser dans leurs retranchements ceux qui défendent une dépénalisation de l’usage de drogues (au pluriel, et pas seulement du cannabis) et une réforme globale des traités internationaux. Il n’en reste pas moins qu’il faut en finir avec une vision du monde, héritée du temps des colonies — et qui remonte à la conference de Shangaï, de 1909, dont on fête cette année le centenaire.

En France, c’est d’un autre anniversaire qu’il est question, avec celui de la loi de 1970 qui va bientôt fêter ses quarante ans. Pire qu’un problème de sécurité publique, on peut parler d’un problème de cohésion nationale, quand plusieurs générations de jeunes ont fait les frais d’une politique démagogique — féroce dans son application. C’est ainsi que la «peur du gendarme» d’autrefois s’est muée en «peur de la brutalité policière». Dans «l’appel du 18 joint», en 1976, Libération dénonçait des «interpellations par centaines». Aujourd’hui, ce sont des centaines de milliers !

Dans l’enceinte de l’Onu, en 2004, l’ambassadeur anglais, sir Keith Morris, estimait que «la guerre à la drogue ne peut pas être gagnée parce que c’est une guerre contre la nature humaine». Plus récemment, le «tsar des drogues» américain, reprenant un thème de campagne de Barack Obama, affirmait à son tour qu’on ne peut pas faire la guerre contre sa population. «Il n’existe pas de société sans drogues», constatait déjà il y a dix ans, la très officielle MILDT [Mission interministérielle contre les drogues et la toxicomanie], en diffusant massivement son livre Savoir plus, risquer moins.

Depuis l’adoption de la convention unique de 1961, chaque année l’appareil répressif s’enorgueillit de plus de saisies, plus d’arrestations, plus de condamnations. Or, plus les moyens de contrôle et de répression sont à l’œuvre, plus la consommation devient massive. Cherchez l’erreur !

Il ne s’agit pas de dédouaner les drogues des dangers qu’elles induisent, mais de prendre en compte les effets de la prohibition : répression, exclusion, marché noir, sans parler de l’explosion d’épidémies, telles celles du Sida et de l’hépatite C.

La politique en matière de drogues mériterait un débat public permanent, parce qu’il s’agit d’un sujet complexe et que des solutions ne peuvent se trouver que sur le moyen terme. La «légalisation» n’apportera pas une solution «simple et facile», mais des pistes vers un nouveau contrat social. Pour une société ouverte et tolérante, plutôt qu’éternellement crispée et répressive.

Ce ne sont pas les dealers qui font la loi, mais les parlementaires qui en décident et le gouvernement qui l’impose, les flics qui l’exécutent, les jugent qui l’appliquent, les prisons qui débordent…

Que disent les chiffres ? 2442 personnes écrouées pour usage de stupéfiants entre octobre 2008 et septembre 2009. Au cours du mois de septembre 2009, ce sont 177 individus qui ont été emprisonnés pour le simple usage de stupéfiants !

«Si le cannabis était légalisé, il y aurait plus de violence», prétend un trafiquant lyonnais interrogé par Libération. Cet argument est aussi fallacieux que de dire que la légalisation renforcerait les organisations criminelles, alors qu’elle vise à leur couper toute resource.

Une légalisation mettrait à feu les quartiers populaires ? Et si, au contraire, on dépénalisait cette micro économie, diffuse et bien ancrée dans les couches défavorisées ? Pourquoi ajouter la prison à la misère ?

Et si, au lieu de terroriser les «dealers», on légalisait ? Pour un monde pacifié, une économie équitable, et des lois qui respectent la planète et sa biodiversité.

La légalisation permettrait d’encadrer, avec des modalités différenciées — selon la toxicité scientifiquement reconnue de chaque substance —, la production, la distribution et la consommation de ce qui est classé actuellement dans le tableau des stupéfiants.

Peut-être qu’une simple dépénalisation du cannabis pourrait constituer un «appel d’air» vers d’autres produits. C’est pour éviter ça, qu’une telle politique devrait s’accompagner de l’encadrement légal de la distribution, sous contrôle médical, des autres drogues dites «dures».

La loi fait l’amalgame entre la dangerosité des diverses drogues en dépit de toutes réalités scientifiques. Pour les plus jeunes qui expérimentent les drogues trouvées au marché noir, cette vision ignore l’essentiel : ces substances procurent du plaisir. Et même dans la pire situation de dépendance, elles continuent souvent à procurer du réconfort. Qu’on le veuille ou pas.

Plutôt qu’une posture morale et hygiéniste, il faut informer, prévenir et responsabiliser les jeunes et leurs parents, comme la société entière. Pour cela, il faut imaginer différentes modalités d’accès, à titre expérimental, conformément aux conventions onusiennes. Il s’agit de parier sur l’intelligence.

Aujourd’hui, la prohibition de l’usage privé, à des fins récréatives, interdit la reconnaissance de la valeur thérapeutique du cannabis. Or, c’est simplement dramatique pour tous ceux qui sont atteints de pathologies lourdes, telles la sclérose en plaques, le glaucome, la myopathie ou la maladie de Crohn…

Il faut signer l’armistice de cette «guerre à la drogue» contre-productive et coûteuse. Inhumaine. C’est pourquoi Cannabis Sans Frontières appelle à l’adoption urgente de mesures telles que :
1 – Dépénalisation de l’usage, amnistie générale pour les usagers de drogues.
2 – Réglementations différenciées, selon la toxicité scientifiquement reconnue des substances, de la production, de la distribution et de la consommation de drogues.
3 – Légalisation de la production de plantes à drogues pour un usage privé.
4 – Limitation des surfaces de culture.
5 – Mise en place de salles de consommation à moindre risque.
6 – Distribution contrôlée de l’héroïne — et des drogues dont l’usage peut s’avérer lourdement déstabilisateur.
7 – Liberté de pratiques thérapeutiques et expérimentales…
Pour en finir avec la prohibition des drogues !

Cannabis Sans Frontières, 28 octobre 2009.

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Texte adressé pour parution dans l’espace Rebonds du quotidien Libération.
Aucune réaction de la part de Laurent Joffrin, un message téléphonique de Mme Levisalle en charge de la rubrique pour manifester son intérêt sans s’engager sur son délai pour publication. À ce jour, ce texte est resté «confidentiel», nous décidons de le publier ici.

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Source : Le Jura Libertaire

Infos luttes....

Quelques infos en vrac, parce que bon, "sexe, drogue,... et révolution". Faut pas l'oublier celle là non ? hein ?

Allez zou !

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Appel des squatteureuses hollandais-es

Nous sommes des squatteureuses néerlandais-es. Nous vous demandons d’organiser une manif (par exemple devant une ambassade des Pays-Bas) dans votre pays, contre la criminalisation des squats au Pays-Bas. Nous suggérons qui vous organisiez vos actions entre le 26 et le 28 novembre, parce que la Eerste Kamer (la Première Chambre du parlement néerlandais) votera la loi sur la prohibition des squats début décembre. A tou-te-s celleux qui sont contre la prohibition des squats, A tou-te-s les squatteureuses, A tou-te-s les ex-squatteureuses, A tou-te-s les jeunes qui voudraient devenir des squatteureuses, A tou-te-s les ami-e-s des squatteureuses, A tou-te-s les activistes politiques, A tou-te-s les activistes antifascistes, A tou-te-s les artistes qui créent et/ou jouent dans les squats, A tou-te-s les membres de groupes et DJs qui jouent dans les squats, A tou-te-s celleux qu’on n’a pas mentionné.

Comme vous le savez probablement, de sombres jours se profilent pour le mouvement squat aux Pays-Bas. Le 15.10.2009, la Tweede Kamer (Deuxième Chambre du parlement néerlandais) a voté pour une prohibition des squats. Souvenez-vous que cela n’aurait pas eu lieu sans le soutien de politicien-ne racistes et xenophobes tels que Rita Verdonk et Geert Wilders. A partir du 1er janvier 2010, squatter pourrait être illégal aux Pays-Bas. Début décembre, la Eerste Kamer (Première Chambre du parlement néerlandais) discutera et votera la prohibition des squats. Si la première chambre du parlement néerlandais approuve cette loi, les personnes qui tenteront d’occuper des batiments vides seront considérées comme des criminel-les et punies par les autorités néerlandaises. Les peines sont très lourdes, allant d’un à deux ans de prison !

C’est une menace très sérieuse ! Ne laissez pas les politicien-nes détruire le mouvement squat aux Pays-Bas ! Nous ne pouvons pas attendre ! Nous devons agir maintenant !

Le futur du mouvement squat néerlandais est entre nos mains. C’est aussi une grande responsabilité. Ne devons montrer du respect pour les générations précédentes de squatteureuses qui ont rendu le squat possible aux Pays-Bas. Illes ont sacrifié beaucoup de temps et d’énergie pour nous. Nous devons penser à la jeunesse qui voudrait avoir la possibilité de vivre en squats dans le futur.

Les média de masse et les politicien-nes disent que nous sommes peu nombreux-ses, mais notre esprit est plus fort que cette loi pourrie et inhumaine que les politicien-nes ont crée ! Nous sommes prêt-e-s à montrer aux politicien-nes et aux forces de police notre détermination à défendre nos droits au logement. Les Pays-Bas manquent de logements abordables. Par exemple, le prix d’une chambre à Amsterdam va de 300 à 550 euros par mois !

Les medias de masse et les politicien-nes disent que nous sommes violent-e-s, mais ces chrétien-ne-s du CDU (Parti Chrétien Démocrate), du CU (Union Chrétienne) et du SGP (Parti Protestant Orthodoxe) sont violent-e-s. Pour elleux les batiments vides sont plus important que les êtres humains qui cherchent une maison. Ces chrétien-ne-s ont décidé que la police viendrait nous arrêter si nous essayons d’occuper une maison après le 31 décembre 2009.

Nous sommes fier-e-s de ce que nous sommes et prêt-e-s à défendre notre droit à occuper des bâtiments vides. Ne nous laisserons pas tomber la lutte ! Certain-e-s d’entre vous se souviennent de cette jeunesse fière et en colère de Copenhague, qui s’est battue pour Ungdomshuset et la dignité. Certain-e-s d’entre vous se sont probablement joint à la lutte. Si cela s’avère nécessaire, nous sommes prêt-e-s à amener l’esprit de la jeunesse danoise et grecque dans nos rues !

Les politicien-ne-s ne nous ont pas laissé d’autre choix ! A partir du 1er janvier, nous devrons choisir entre être sans domicile ou criminel-les. Ce choix ne peux pas durer ! Nous ne vivrons pas dans la rue ou en prison ! Nous sommes des êtres humains et nous méritons le respect !

Il y a quelques centaines de squats aux Pays-Bas. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre cette énorme infrastructure ! Il y a des maisons, des centres autonomes, des lieux d’activités culturelles. Dans chacun de ces bâtiments nous vivons et/ou pratiquons et mettons en valeur nos idées politiques. Nous utilisons cet espace pour promouvoir l’art indépendant et la contre-culture clandestine, nous opposant à l’art et à la culture populaire de masse.

Laissez-nous être un peu sentimentales-aux. Pour beaucoup d’entre nous, être un-e squatteureuse c’est un mode de vie. Beaucoup d’entre nous vivent les meilleurs moments de leurs vies dans les squats. Nous vivons nombre d’expériences inestimables, comme celles de la vie dans des communautés autogérées ou collectifs d’habitation. La plupart d’entre nous rencontrent leurs meilleur-e-s ami-e-s dans les squats. C’est encore d’autres raisons de se battre contre la prohibition des squats.

N’ignorez pas les menaces sérieuses qui pèsent sur le mouvement squat aux Pays-Bas ! Utilisez votre imagination, ouvrez les yeux, levez-vous et agissez !

Notre lutte est pour un monde sans capitalisme, sans differences de race et de genre, sans pauvreté et sans guerre !

Nous serons très reconnaissant-e-s de votre soutien. La solidarité est notre arme !

Vous pouvez écrire à Eerste Kamer, voici l’adresse e-mail :
postbus@eerstekamer.nl.

Collectif "Spirit of the unity".

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2 nouveaux sites de sons et de luttes sont en ligne : Sons en luttes, et le Perce-oreilles

Sons en luttes : http://www.sonsenluttes.net - plateforme d’échange de sons militants, produits par des radios libres et diffusables par elles, mais écoutables par tout le monde ; uniquement des sons de luttes

Le Perce-oreilles : http://www.perceoreilles.net - portail qui référence des sons produits sur des radios libres, par des collectifs, par des bidouilleurs sonores, histoire de se mettre autre chose dans les oreilles que ce qu’on entend déjà partout ; des sons de lutte mais pas que : également des émissions déjantées et autres sons expérimentaux

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Journée mondiale de lutte contre le sida : Sarkozy, raboule l’oseille !

Plus d’accès aux traitements, moins de Xavier Bertrand
Plus de trithérapies, moins de Michèle Alliot-Marie
Plus de prévention, moins d’Eric Besson
Plus de millions d’euros, moins de Roselyne Bachelot
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Du blé, de la maille, du flouze, des lingots, de la fraîche, des dollars, de la caillasse, des diamants, du pognon, des liasses, du fric, des biftons, de l'or, de la thune… pour le Fonds Mondial de lutte contre le sida.

Rendez-vous mardi 1er décembre à 18h30 devant les marches de l'Opéra Bastille (place de la Bastille à Paris) pour manifester avec les Panthères roses.

Les Pantheres Roses

jeudi 26 novembre 2009

Amour libre et anarchisme

“ La jeune fille qui veut pratiquer l’amour libre doit tout d’abord se débarrasser de toutes les vieilles conceptions : le nid, le foyer, l’épaule robuste où elle appuiera sa faiblesse… Si c’est cela qu’elle cherche, elle fait fausse route, qu’elle se marie. Mais si bonne ouvrière, employée, institutrice… elle a une profession qui lui assure l’existence, elle peut sans danger rechercher l’homme, comme l’homme recherche la femme. Elle ne sera pas spoliée, tout au moins, elle le sera peu si elle ne recherche dans sa liaison qu’une bonne camaraderie avec quelque chose de plus. Les femmes sont spoliées parce que, de l’union sexuelle qui n’est qu’une petite chose, elles font une chose énorme. Elles édifient sur elle toute leur vie, alors que, dans la vie, chacun n’a le droit de compter que sur lui-même. ” - Madeleine Pelletier - 1921 - in Le Libertaire

Monsieur le Président, devenez camusien !

Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Vous venez de manifester votre désir d'accueillir les cendres d'Albert Camus au Panthéon, ce temple de la République au fronton duquel, chacun le sait, se trouvent inscrites ces paroles : "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Comment vous donner tort puisque, de fait, Camus fut un grand homme dans sa vie et dans son oeuvre et qu'une reconnaissance venue de la patrie honorerait la mémoire de ce boursier de l'éducation nationale susceptible de devenir modèle dans un monde désormais sans modèles.

De fait, pendant sa trop courte vie, il a traversé l'histoire sans jamais commettre d'erreurs : il n'a jamais, bien sûr, commis celle d'une proximité intellectuelle avec Vichy. Mieux : désireux de s'engager pour combattre l'occupant, mais refusé deux fois pour raisons de santé, il s'est tout de même illustré dans la Résistance, ce qui ne fut pas le cas de tous ses compagnons philosophes. De même, il ne fut pas non plus de ceux qui critiquaient la liberté à l'Ouest pour l'estimer totale à l'Est : il ne se commit jamais avec les régimes soviétiques ou avec le maoïsme.

Camus fut l'opposant de toutes les terreurs, de toutes les peines de mort, de tous les assassinats politiques, de tous les totalitarismes, et ne fit pas exception pour justifier les guillotines, les meurtres, ou les camps qui auraient servi ses idées. Pour cela, il fut bien un grand homme quand tant d'autres se révélèrent si petits.

Mais, Monsieur le Président, comment justifierez-vous alors votre passion pour cet homme qui, le jour du discours de Suède, a tenu à le dédier à Louis Germain, l'instituteur qui lui permit de sortir de la pauvreté et de la misère de son milieu d'origine en devenant, par la culture, les livres, l'école, le savoir, celui que l'Académie suédoise honorait ce jour du prix Nobel ? Car, je vous le rappelle, vous avez dit le 20 décembre 2007, au palais du Latran : "Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé." Dès lors, c'est à La Princesse de Clèves que Camus doit d'être devenu Camus, et non à la Bible.

De même, comment justifierez-vous, Monsieur le Président, vous qui incarnez la nation, que vous puissiez ostensiblement afficher tous les signes de l'américanophilie la plus ostensible ? Une fois votre tee-shirt de jogger affirmait que vous aimiez la police de New York, une autre fois, torse nu dans la baie d'une station balnéaire présentée comme très prisée par les milliardaires américains, vous preniez vos premières vacances de président aux Etats-Unis sous les objectifs des journalistes, ou d'autres fois encore, notamment celles au cours desquelles vous avez fait savoir à George Bush combien vous aimiez son Amérique.

Savez-vous qu'Albert Camus, souvent présenté par des hémiplégiques seulement comme un antimarxiste, était aussi, et c'est ce qui donnait son sens à tout son engagement, un antiaméricain forcené, non pas qu'il n'ait pas aimé le peuple américain, mais il a souvent dit sa détestation du capitalisme dans sa forme libérale, du triomphe de l'argent roi, de la religion consumériste, du marché faisant la loi partout, de l'impérialisme libéral imposé à la planète qui caractérise presque toujours les gouvernements américains. Est-ce le Camus que vous aimez ? Ou celui qui, dans Actuelles, demande "une vraie démocratie populaire et ouvrière", la "destruction impitoyable des trusts", le "bonheur des plus humbles d'entre nous" (Œuvres complètes d'Albert Camus, Gallimard, "La Pléiade", tome II, p. 517) ?

Et puis, Monsieur le Président, comment expliquerez-vous que vous puissiez déclarer souriant devant les caméras de télévision en juillet 2008 que, "désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s'en aperçoit", et, en même temps, vouloir honorer un penseur qui n'a cessé de célébrer le pouvoir syndical, la force du génie colérique ouvrier, la puissance de la revendication populaire ? Car, dans L'Homme révolté, dans lequel on a privilégié la critique du totalitarisme et du marxisme-léninisme en oubliant la partie positive - une perversion sartrienne bien ancrée dans l'inconscient collectif français... -, il y avait aussi un éloge des pensées anarchistes françaises, italiennes, espagnoles, une célébration de la Commune, et, surtout, un vibrant plaidoyer pour le "syndicalisme révolutionnaire" présenté comme une "pensée solaire" (t. III, p. 317).

Est-ce cet Albert Camus qui appelle à "une nouvelle révolte" libertaire (t. III, p. 322) que vous souhaitez faire entrer au Panthéon ? Celui qui souhaite remettre en cause la "forme de la propriété" dans Actuelles II (t. III, p. 393) ? Car ce Camus libertaire de 1952 n'est pas une exception, c'est le même Camus qui, en 1959, huit mois avant sa mort, répondant à une revue anarchiste brésilienne, Reconstruir, affirmait : "Le pouvoir rend fou celui qui le détient" (t. IV, p. 660). Voulez-vous donc honorer l'anarchiste, le libertaire, l'ami des syndicalistes révolutionnaires, le penseur politique affirmant que le pouvoir transforme en Caligula quiconque le détient ?

De même, Monsieur le Président, vous qui, depuis deux ans, avez reçu, parfois en grande pompe, des chefs d'Etat qui s'illustrent dans le meurtre, la dictature de masse, l'emprisonnement des opposants, le soutien au terrorisme international, la destruction physique de peuples minoritaires, vous qui aviez, lors de vos discours de candidat, annoncé la fin de la politique sans foi ni loi, en citant Camus d'ailleurs, comment pourrez-vous concilier votre pragmatisme insoucieux de morale avec le souci camusien de ne jamais séparer politique et morale ? En l'occurrence une morale soucieuse de principes, de vertus, de grandeur, de générosité, de fraternité, de solidarité.

Camus parlait en effet dans L'Homme révolté de la nécessité de promouvoir un "individualisme altruiste" soucieux de liberté autant que de justice. J'écris bien : "autant que". Car, pour Camus, la liberté sans la justice, c'est la sauvagerie du plus fort, le triomphe du libéralisme, la loi des bandes, des tribus et des mafias ; la justice sans la liberté, c'est le règne des camps, des barbelés et des miradors. Disons-le autrement : la liberté sans la justice, c'est l'Amérique imposant à toute la planète le capitalisme libéral sans états d'âme ; la justice sans la liberté, c'était l'URSS faisant du camp la vérité du socialisme. Camus voulait une économie libre dans une société juste. Notre société, Monsieur le Président, celle dont vous êtes l'incarnation souveraine, n'est libre que pour les forts, elle est injuste pour les plus faibles qui incarnent aussi les plus dépourvus de liberté.

Les plus humbles, pour lesquels Camus voulait que la politique fût faite, ont nom aujourd'hui ouvriers et chômeurs, sans-papiers et précaires, immigrés et réfugiés, sans-logis et stagiaires sans contrats, femmes dominées et minorités invisibles. Pour eux, il n'est guère question de liberté ou de justice... Ces filles et fils, frères et soeurs, descendants aujourd'hui des syndicalistes espagnols, des ouvriers venus d'Afrique du Nord, des miséreux de Kabylie, des travailleurs émigrés maghrébins jadis honorés, défendus et soutenus par Camus, ne sont guère à la fête sous votre règne. Vous êtes-vous demandé ce qu'aurait pensé Albert Camus de cette politique si peu altruiste et tellement individualiste ?

Comment allez-vous faire, Monsieur le Président, pour ne pas dire dans votre discours de réception au Panthéon, vous qui êtes allé à Gandrange dire aux ouvriers que leur usine serait sauvée, avant qu'elle ne ferme, que Camus écrivait le 13 décembre 1955 dans un article intitulé "La condition ouvrière" qu'il fallait faire "participer directement le travailleur à la gestion et à la réparation du revenu national" (t. III, p. 1059) ? Il faut la paresse des journalistes reprenant les deux plus célèbres biographes de Camus pour faire du philosophe un social-démocrate...

Car, si Camus a pu participer au jeu démocratique parlementaire de façon ponctuelle (Mendès France en 1955 pour donner en Algérie sa chance à l'intelligence contre les partisans du sang de l'armée continentale ou du sang du terrorisme nationaliste), c'était par défaut : Albert Camus n'a jamais joué la réforme contre la révolution, mais la réforme en attendant la révolution à laquelle, ces choses sont rarement dites, évidemment, il a toujours cru - pourvu qu'elle soit morale.

Comment comprendre, sinon, qu'il écrive dans L'Express, le 4 juin 1955, que l'idée de révolution, à laquelle il ne renonce pas en soi, retrouvera son sens quand elle aura cessé de soutenir le cynisme et l'opportunisme des totalitarismes du moment et qu'elle "réformera son matériel idéologique et abâtardi par un demi-siècle de compromissions et (que), pour finir, elle mettra au centre de son élan la passion irréductible de la liberté" (t. III, p. 1020) - ce qui dans L'Homme révolté prend la forme d'une opposition entre socialisme césarien, celui de Sartre, et socialisme libertaire, le sien... Or, doit-on le souligner, la critique camusienne du socialisme césarien, Monsieur le Président, n'est pas la critique de tout le socialisme, loin s'en faut ! Ce socialisme libertaire a été passé sous silence par la droite, on la comprend, mais aussi par la gauche, déjà à cette époque toute à son aspiration à l'hégémonie d'un seul.

Dès lors, Monsieur le Président de la République, vous avez raison, Albert Camus mérite le Panthéon, même si le Panthéon est loin, très loin de Tipaza - la seule tombe qu'il aurait probablement échangée contre celle de Lourmarin... Mais si vous voulez que nous puissions croire à la sincérité de votre conversion à la grandeur de Camus, à l'efficacité de son exemplarité (n'est-ce pas la fonction républicaine du Panthéon ?), il vous faudra commencer par vous.

Donnez-nous en effet l'exemple en nous montrant que, comme le Camus qui mérite le Panthéon, vous préférez les instituteurs aux prêtres pour enseigner les valeurs ; que, comme Camus, vous ne croyez pas aux valeurs du marché faisant la loi ; que, comme Camus, vous ne méprisez ni les syndicalistes, ni le syndicalisme, ni les grèves, mais qu'au contraire vous comptez sur le syndicalisme pour incarner la vérité du politique ; que, comme Camus, vous n'entendez pas mener une politique d'ordre insoucieuse de justice et de liberté ; que, comme Camus, vous destinez l'action politique à l'amélioration des conditions de vie des plus petits, des humbles, des pauvres, des démunis, des oubliés, des sans-grade, des sans-voix ; que, comme Camus, vous inscrivez votre combat dans la logique du socialisme libertaire...

A défaut, excusez-moi, Monsieur le Président de la République, mais je ne croirai, avec cette annonce d'un Camus au Panthéon, qu'à un nouveau plan de communication de vos conseillers en image. Camus ne mérite pas ça. Montrez-nous donc que votre lecture du philosophe n'aura pas été opportuniste, autrement dit, qu'elle aura produit des effets dans votre vie, donc dans la nôtre. Si vous aimez autant Camus que ça, devenez camusien. Je vous certifie, Monsieur le Président, qu'en agissant de la sorte vous vous trouveriez à l'origine d'une authentique révolution qui nous dispenserait d'en souhaiter une autre.

Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à mes sentiments respectueux et néanmoins libertaires.

Michel Onfray est philosophe.

Source : Presse bourgeoise