vendredi 26 juin 2009

On ne s'en lasse pas, on veut l'égalité des droits, là, là, là !

Retrouvez les Panthères roses ce samedi pour mettre de la politique dans la Marche des Fiertés* aux côtés du pôle formé par Alternative Libertaire et le NPA, avec aussi les TumulTueuses :

RENDEZ-VOUS SAMEDI À 15H00 face au 37 bd du Montparnasse (M° Falguière ou Montparnasse)


Un peu plus de 2 ans après l'élection de Nicolas Sarkozy, les trans, les gouines et les pédés sont toujours excluEs du mariage, de l'adoption et de la PMA; les trans ne peuvent toujours pas changer d'État Civil dans des délais et des conditions vivables; les pédés sont encore plus exclus du don du sang; sans parler des expulsions qui se multiplient pour faire du chiffre - renvoyant entre autres des trans, des gouines et des pédés dans des pays où elles seront en danger - et des casses sociales qui réduisent l'accès aux soins, à l'éducation, à une retraite décente, etc.
Bref, comme nous l'avons développé la semaine dernière devant le siège du parti présidentiel et dans une lettre ouverte à l'Inter-LGBT (http://www.pantheresroses.org/rubrique.php3?id_rubrique=77), l'UMP est à la pointe des inégalités.

Quelques pancartes, en avant première, à venir porter avec nous :

- Adoption et PMA : on veut des enfants pas naturels !
- Le bon goût est universel, pourquoi pas le mariage ?

- Changer d’état-civil, c’est moi décide !

- Citoyenneté, droit au séjour : chacunE vit où ilLE veut, quand ilLE veut.

- Accès aux soins et prise en charge à 100% pour touTEs

*voir le parcours : http://marche.inter-lgbt.org/IMG/png/parcours2009.png

Source : Les panthères roses

Deux étudiants trompent Paris Match avec un photoreportage bidonné

MEDIAS - "Etudiants. Tendance Précaire". C'est le titre du reportage de quatre photos en noir et blanc publié dans l'édition du 25 juin de Paris Match. Les deux auteurs, Guillaume Chauvin, 23 ans, et Rémi Hubert, 22 ans, sont étudiants à Strasbourg, à l'école des Arts Déco. Mercredi, ils ont reçu le Grand Prix Paris Match du Photoreportage Etudiant 2009 dans les locaux de la Sorbonne, à Paris. Avec à la clé un chèque de 5.000 euros et la publication du travail dans l'hebdomadaire. Mais leurs photos sont bidonnées.

Ils ont dévoilé la supercherie lors de la remise des prix, en lisant un texte dans lequel ils décrivent leur "démarche artistique" comme une "tentative de remise en question" des "rouages d'un discours médiatique qui a pour ingrédients la complaisance et le voyeurisme dans la représentation de la détresse". "On s'est dit que ça serait une bonne occasion de dévoiler les mécanismes d'une certaine presse qui ne vérifie pas ses sources et privilégie l'information sensationnaliste et racoleuse", commente Rémi Hubert.

Leurs photos, visibles ici, montrent des étudiant(e)s obligés de vivre dans un squat, à trois dans un appartement ou de se prostituer pour suivre leurs études. Elles mettent en fait en scène des amis. "On avait écrit les légendes à la première personne pour bien faire larmoyer", explique Rémi Hubert.

Paris Match n'a que moyennement apprécié la supercherie. Dans un communiqué diffusé jeudi, l'hebdo estime que cette "mise en scène photographique (...) éloigne (les étudiants) du règlement du Grand Prix Paris Match du Photoreportage Etudiant (...) et de la philosophie que défend le magazine depuis 60 ans". Il a décidé d'annuler le trophée dans cette catégorie mais a maintenu la bourse de 5.000 euros à l'école des Arts Déco, pour participer "aux soutiens nécessaires en faveur de ceux dont ils ont voulu raconter la vie".

Source : AFP

mardi 23 juin 2009

Ouverture de Polyamour.fr

Sound system : riot !

Entretien avec Ben Lagren : « Les free doivent redevenir politiques ! »

Membre du sound-system parisien La Horde Pershitude, Ben Lagren est un activiste tekno, un vrai. Un temps, il a fait partie de ceux qui se rendaient régulièrement au ministère de l’Intérieur et s’est retrouvé plongé dans ce cycle sans fin de négociations entre représentants du mouvement des free-parties et ceux des autorités. Il en a ensuite fait son deuil, finalement convaincu que ces discussions ne déboucheraient sur rien, sinon la mort du mouvement.
Sans cesse sur la brèche, Ben Lagren fait surtout partie de ceux qui estiment que les free-parties sont aussi (ou d’abord) politiques. Pas seulement limitées à la danse et à la musique, les racines de ces rassemblements plongent dans l’autonomie, le refus du système marchand, la foi dans le partage, la contestation et l’autogestion. Entretien [3].

Comment les négociations avec les autorités ont-elles commencé ?

Tout débute en août 2002, avec le teknival illégal du col de l’Arche, dans les Alpes. Celui-ci rassemble 20 000 personnes et ridiculise un État qui avait tout fait pour empêcher sa tenue. Ça a été un joli coup de pression. Lequel a donné le coup d’envoi des négociations, après le vote du très liberticide amendement Mariani-Vaillant de 2001 soumettant notamment à autorisation préalable l’organisation de free-parties [4]. Ont suivi les premières réceptions au ministère et la constitution d’une première équipe - dont je ne faisais pas partie - chargée de négocier au nom des sons avec les autorités. À la base, le deal était simple, marqué de la volonté du pouvoir que cessent les teknivals illégaux, rassemblements si gigantesques qu’il ne pouvait les contrôler : les sound-systems acceptaient d’organiser leurs quelques teknivals annuels en concertation avec l’État et ce dernier, en échange, s’engageait à faciliter, le reste du temps, l’organisation de petites free-parties.

Nous - je dis "nous", car j’ai participé aux négociations de 2004 à 2007 - avons donc joué le jeu et tenté d’organiser des teknivals légaux. On y croyait, on pensait vraiment qu’il fallait négocier avec sérieux, montrer notre bonne volonté. Ça a été une très grave erreur, même si nous étions sans doute obligés d’en passer par là. Au final, nous nous sommes fait promener dans les grandes largeurs. Logique : les négociateurs du ministère connaissent très bien ce petit jeu, tirent parfaitement les ficelles et s’y entendent à te faire croire qu’ils vont t’écouter, que les choses peuvent changer grâce à toi. Alors que non.

Vous perdiez des deux côtés, c’est ça ? Face, les teknivals organisés en partenariat avec l’État devenaient ingérables, parce que trop gigantesques et encadrés ; pile, les petites free-parties n’étaient pas pour autant autorisées par les autorités le reste de l’année…

Exactement. Et on s’est aussi rendu compte qu’on rentrait dans l’institutionnel et que les sons s’accommodaient très bien de l’État. Surtout, il n’y avait plus de place pour l’autogestion. Pour une bonne raison : l’autonomie à 50 000, ce n’est pas possible, c’est tout. Pense qu’on était 120 000 à Chambley le 1er mai 2004. Répartis sur cinq jours, mais 120 000 quand même ! C’était beaucoup trop gros, ça ne signifiait plus rien…
Et puis, on prenait l’habitude d’être assistés. On finissait par oublier que l’autonomie, ce n’est pas juste donner des gilets jaunes et des talkies-walkies aux gens pour qu’ils organisent la donation.

C’est ainsi qu’un divorce s’est fait jour dans le mouvement ?

Oui. En 2006, la division entre les légalistes, surtout soucieux de poser en toute tranquillité, et les tenants d’une ligne plus dure s’est faite jour. Pour moi, cette date marque la fin de l’unité de la tekno française.
Ce divorce est apparu clairement en 2007, avec la tenue d’un teknival illégal, celui des Insoumis, en même temps qu’un autre organisé en collaboration avec les autorités. La chose s’est répétée en 2008, deux teknivals, l’un légal l’autre non, se tenant aux mêmes dates. Ça a été essentiel : les gens se sont rendus compte qu’en restant en petit nombre, l’organisation pouvait couler toute seule, grâce aux discussions et à la concertation. Surtout, ils ont pris conscience d’un point essentiel : rien ne nous obligeait à accepter les conditions de l’État. D’où la tenue d’un teknival exclusivement illégal en 2009.

Pour toi, ce divorce est salutaire ?

Bien sûr, il fallait accepter la division, ne plus rechercher l’unité et le consens mou. Ça nous a relancé, finalement. Et ça a redonné confiance à beaucoup, en prouvant que tout était encore possible.

Ça signifie aussi un retour à la clandestinité ?

Oui, notre tactique est désormais de ne plus faire de bruit, de ne plus faire de politique publique : on se concentre sur l’interne, avec la volonté de ne plus toucher qu’un public restreint et avec lequel nous avons de réelles affinités.

Cela rejoint la question du "open to all" [5]. La plupart des acteurs du mouvement sont désormais contre cette idées, parce qu’ils estiment que ça mène à n’importe quoi, au gigantisme ingérable, à la participation d’un public peu concerné et se fichant de nos valeurs. Nous nous sommes rendus compte que plus tu t’élargis en permettant à M. tout le monde de venir faire la fête avec toi, plus tu donnes du poids à l’institutionnel et au non-revendicatif. De mon côté, je continue à y croire encore un peu, par idéal politique, mais sous une forme aménagée ; il a bien fallu que je me résolve à prendre acte du fait que l’horizontalité absolue était impossible.
En pratique, ont désormais accès aux infos [6] les gens qui se connaissent déjà et qui sont un minimum investis dans le mouvement.

Tu penses que ça correspond à une réelle évolution politique ?

Il faut d’abord rappeler que les free-parties sont aussi une façon de canaliser les énergies. Il s’agit d’une soupape permettant aux gens de se calmer, un exutoire. On peut d’ailleurs se demander si le mouvement tekno n’a pas, à un moment, davantage canalisé les énergies qu’il ne les a exacerbées. Les free-parties ont pu arranger ceux qui tirent les ficelles… C’est pour cela que nous n’avons pas le choix : les free doivent redevenir politiques.

Je constate aussi que beaucoup de sons cultivent désormais des principes d’autonomie. C’est une évolution positive, mais qui résulte plus d’un état de fait que d’une réelle volonté : à force de se retrouver isolés et confrontés à la police, les sons ont résolument appris à se débrouiller tous seuls.

C’est le cas du sound-system auquel j’appartiens, La Horde Pershitude. A force d’organiser des fêtes illégales, on a acquis une réelle expérience. Et on sait désormais très bien gérer les policiers qui débarquent pour essayer de stopper la fête, on sait très bien jouer du rapport de forces.
Après, ça dépend aussi d’aspects plus conjoncturels. Par exemple, notre sound-system est habituée à poser une grosse teuf pour le nouvel an, parce qu’on s’est rendu compte que les policiers avaient bien autre chose à faire que nous empêcher de faire la fête ce soir-là. C’est comme le hacking, il faut trouver les failles du système.

Mais le prix à payer est très lourd, non ? Trente saisies pour le 1er mai, ça fait mal…

Notre sound-system n’avait pas participé à ce teknival, puisque nous pensons de longue date que ce type d’événement est trop important pour avoir encore du sens. Mais ceux qui y étaient ont pris très cher, oui. Avec cette énorme action de répression, le message est clair : il s’agit de frapper un grand coup et de montrer qu’ils nous contrôlent, même si ce n’est pas le cas.

Tu crois que ça correspond quand même à une renaissance du mouvement ?

Il ne faut rien exagérer : ce n’est pas non plus un renouveau complet. Mais il s’est au moins produit une scission salutaire au niveau politique.
Au fond, je ne sais pas si c’est un dernier sursaut ou une renaissance. Mais en ce moment, et pour la première fois depuis longtemps, on est content de ce qu’on fait.

Notes

[1] Rhhôôôô… quelle surprise, n’est-ce pas ?

[2] Je n’y étais plus, mais les choses ont ensuite dérapé, quand une petite partie des manifestants se sont retrouvés pour une free-party organisée au Bois de Boulogne. Selon le communiqué rédigé par Ben, Lagren :

À la fin de cette Free Parade les manifestant-es ont décidé de prolonger la « teuf » au bois de Boulogne, en célébrant dès minuit une Fête de « leur » Musique, conçue comme une légitime mise en accusation de la réduction croissante du droit d’expression des artistes et musiciens amateurs lors des festivités officielles du 21 juin.

Quelques centaines de personnes se trouvaient déjà sur le site lorsqu’une cinquantaine d’agents de la B.A.C et de policiers en tenues anti-émeute, bientôt rejoint par de nombreux renforts, ont violemment chargé la foule à coups de matraques. Les gens se sont alors regroupés pour éviter les coups et protéger le matériel sonore. En dépit de cette réaction manifestement pacifique, la police a poursuivi les charges au moyen de grenades lacrymogènes et de pistolets flash-balls, parfois de façon particulièrement dangereuse (tirs tendus ou même à bout portant, en direction du buste ou du visage, etc.). Des individus à terre ont été roués de coups de pieds et aspergés de gaz ; un handicapé, membre de Médecins Du Monde, fut même jeté hors de son fauteuil roulant avant d’être molesté au sol. Au passage, les forces de police ont volontairement détérioré des véhicules et du matériel appartenant aux fêtards.

Empêchant l’accès aux véhicules, la police a pendant plusieurs heures conduit une véritable « chasse aux Ravers », n’hésitant pas à lâcher des chiens à leur poursuite… Une attitude d’autant plus paradoxale que les Sound Systems avaient commencé à partir dès l’intervention policière.

[3] Si le cœur vous en dit, vous pouvez retrouver dans le deuxième numéro de Fakir - qui vient de sortir, hop, on se précipite chez son vendeur de presse - un reportage de deux pages consacré à la renaissance politique des free-parties et à l’évolution du mouvement. La signature de l’article a été oubliée, mais c’est bien votre serviteur qui s’en est chargé.

[4] Cet amendement soumet à autorisation préalable l’organisation de free-parties et prévoit la saisie du matériel de sonorisation quand ce n’est pas le cas. Il s’est révélé d’autant plus liberticide que les autorités n’ont pas joué le jeu, n’autorisant qu’au compte-goutte la tenue d’événements festifs, même quand toutes les draconiennes conditions fixées étaient respectées par les organisateurs.

[5] Soit la volonté de s’ouvrir au grand public, en lui permettant de se joindre facilement aux fiestas organisées.

[6] Les infolines, consistant en un numéro de téléphone audiotel et à un code à chiffres, donnent accès à un message enregistré sur boîte vocal et listant l’itinéraire à suivre pour rejoindre la free-party. Elles ont longtemps été disponibles très facilement sur internet, mais sont désormais plus difficiles à dégotter.


Source : Article 11

vendredi 12 juin 2009

Au-delà du personnel


jeudi 11 juin 2009

Le conseil constitutionnel a juste retiré la cerise. Le gateau, lui, reste bien là

"Nous sommes un peu déçus de voir que le Conseil Constitutionnel conteste la dernière étape de la réponse graduée (La suspension de l'accès Internet, NDR) et recommande à la place des poursuites judiciaires (considérant N°28 de la décision, NDR). Ceci dit, la version censurée du texte pourrait au final se révèler plus simple à mettre en oeuvre. De plus, les poursuites judiciaires et le risque de sanction pénale peuvent s'avérer plus dissuasifs que la simple suspension temporaire de l'accès à Internet. Par ailleurs, nous sommes satisfaits de constater que le reste du projet de loi est validé par le conseil constitutionnel. La loi apporte des avancées significatives pour répondre au problème du piratage et faciliter le développement de l'offre légale. Le parlement avait voté un texte très favorable aux ayants droit : on avait en quelque sorte le gateau et la cerise sur le gateau ! Le conseil constitutionnel a juste retiré la cerise. Le gateau, lui, reste bien là. Et il devrait être possible de remettre en place rapidement quelque chose assez proche de la cerise. On peut donc se réjouir du resultat obtenu."

Source : Zataz.com

mercredi 10 juin 2009

LA REVOLTE GRONDE : VOS PRISONS ET VOS CAMPS NE NOUS ARRETERONT PAS !

Ceux qui volent: on les emprisonnent, ceux qui tuent aussi, ceux qui sont étrangers et ceux qui résistent à l'Etat (totalitaire ?) également. Par contre tel haut personnage fait voter des morts pour assurer son élection dans une mairie de Paris, restera en liberté avec un sursit comme épée de Damoclès et une amende . Lorsque Chirac et consorts piquent des sommes époustouflantes à la mairie de Paris pour faire fonctionner le RPR, l’affaire est classée ! Ainsi, une personne des classes dominées court plus de risques d’être incarcérée lorsqu’elle vole à l’étalage, qu’un bourgeois quant il détourne des millions d’euros !

Les prisons sont pleines d’hommes, de femmes et d'enfants. Depuis des siècles qu’elles existent, elles n’ont montré qu’une chose : elles ne sont pas une solution, mais simplement l’expression d’une vengeance des nantis lorsque les pauvres refusent leur domination et un moyen de reléguer tous les indésirables pour ces mêmes dominants, qu’ils soient aristocrates du temps des rois ou bourgeois dans la société capitaliste.

Le Collectif de Soutien aux Demandeurs d'Asile et aux Sans Papiers et d'autres luttent pour la régularisation de tous les sans papiers, pour la libre circulation et contre la xénophobie d'état, la fermeture et la disparition des camps de rétention.

Dans la situation actuelle, il est difficile de ne pas faire des parallèles entre le régime de Vichy et la politique de tous les gouvernements depuis une trentaines d’années en matière d’immigration. Sarkozy ne fait qu'accélérer un processus déjà bien engagé. Le consensus au sein de la caste politico-gouvernementale est très fort. Les sans papiers, les demandeurs d'asile (et tout les sans...) se retrouvent peu à peu enfermés, maltraités et expulsés parce que leur seul tord et d'avoir fui ou quitté leur pays d'origine. Enfants, parents, femmes ou hommes sont arrêtés et placés en rétention puis expulsés de force.

Mais les camps de rétention sont de plus en plus nombreux à bruler par les flammes et par la rage. Nous voulons que ces camps pour étrangers soient non seulement fermés mais détruit pour ne pas qu'ils soient réutilisés pour y enfermer quiconque dans un avenir plus ou moins proche.
On ne peut oublier que les camps ouverts par Daladier pour « accueillir » les réfugiés espagnols à la suite de la défaite de la révolution, « hébergèrent » des Juifs, des Tziganes... pendant le régime de Vichy. Le camp de Rivesaltes (proche de Perpignan) est emblématique. Après avoir été ouvert par les gouvernements avant et pendant la Seconde guerre mondiale pour y enfermer des gens victime du racisme d’Etat, il fut utilisé pour incarcérer des prisonniers de guerre allemands et italiens. Ensuite ce fut au tour d’Algériens pendant la guerre d’Algérie. Ce même camp reçut des harkis à la fin de celle-ci. Au début des années 80, l’Etat le réouvrit pour y retenir des sans papiers. Il n’a été fermé qu’au début des années 2000 au profit d’un nouveau camp de rétention construit près de l’aéroport local. Cela montre qu’on sait où commence un outil de répression, mais on ne peut jamais prévoir où il se terminera !

Lors du dernier sommet de l'OTAN en avril, de nombreuses personnes ont manifesté leur révolte, leur opposition à cette machine de guerre impérialiste et leur refus qu’elle soit aussi utilisée à des fins de « maintien de l’ordre » capitaliste si la crise sociale s’amplifie.
Le service d'ordre à Strasbourg composés de plus de 5oooo policiers (français et allemands) et gendarmes n'a pas empêché les manifestants d'agir. Pour maintenir le calme dans les foyers et tenter de nous terroriser, Sarkozy et ses ministres n’ont pu nous faire taire, même si ils ont réussi à nous contenir dans les périmètres qu’ils avaient imposés ; coût de l’opération : des millions d'euros dépensés, alors qu’il n’y aurait pas de moyens pour trouver des logements pour les SDF, que notre santé, l’éducation... sont de plus en plus soumises aux aléas de la privatisation.
Non contents de notre expression et pour tenter de nous museler, maintenant l’Etat réclame des exemples. Sur les 11 inculpations, la justice soit disant indépendante a pourtant exécuté les propos du président et de la sinistre de l’intérieur. Des peines de prions de 6 mois à 1 ans de prison ont été « distribuées » par le tribunal sans qu'il n'y ait de preuves ni de délit. Parmi eux 3 militants de Tours, dont un membre du CSDASP, dénoncés par un vigile d’un super marché (Auchan). Ils ont été arrêtés pour avoir simplement achetés de l'alcool à brulé et... une serpillière ! Après l'énoncé de la nullité lors de leur procès le 5 mai en raison d’erreurs de procédure (en fait les flics ont été incapables de recopier correctement le numéro de l’article de loi par rapport auquel nos 3 camarades devaient être poursuivis, ce qui en dit long sur le sérieux des procédures engagées) la procureur fait appel. Le 22 juin, nos camarades comparaîtront de nouveau devant le tribunal de Strasbourg. Le porte voix de Sarkozy/Dati réclame jusqu'à 12 mois de prison ferme.

A Tours, le squat « Le pied de biche », autogéré par le Collectif la Victoire, est un lieu d’habitation et de lutte où se rencontrent et agissent plusieurs collectifs mobilisés contre le capitalisme, la xénophobie, le productivisme, le sexisme, la domination, le fascisme... Ce squat a subi une descente de flics : deux habitants arrêtés, dont l’un est convoqué le 12 août au tribunal correctionnel. Pourquoi ? Lors d’une manifestation étudiante, notre camarade serait, selon la police, auteur de dégradations envers la vitrine d'ADIA (boite d’intérim). Plusieurs témoignages montrent que notre camarade participait à la manifestation, mais qu’en aucune façon il n’a brisé la vitrine de cette officine de la précarité. Son tord serait-il qu’il soit membre du Collectif la Victoire ainsi que du CSDASP et qu’il vit dans un squat, refusant le salariat et de devoir payer un loyer pour engraisser un proprio ?

Que l'on soit enfermé pour un vol, parce qu’on a une nationalité différente ou pour faire taire toute forme de rébellion, les prisons ne seront jamais des centres de rééducation, ni des instituts pédagogiques. La prison et les camps brisent les liens familiaux, amicaux, sociaux et autres, détruisent bon nombre de personnes.

L’enfermement dans des camps de rétention ou en prison n’a jamais empêché quiconque de vouloir franchir des frontières, de s’installer où il le souhaite ou de trouver des moyens pour ne plus subir l’exploitation, exprimer sa révolte et sa volonté d’un autre futur en le construisant dès à présent.

Les prisons, les camps doivent être détruits car l’enfermement est antinomique avec une société fondée sur l’égalité sociale et la solidarité !

LE COLLECTIF DE SOUTIEN AUX DEMANDEURS D'ASILES ET AUX SANS PAPIERS et LE COLLECTIF LA VICTOIRE soutiennent les inculpés de Villiers le bel, de Tarnac, d'Athènes, de Vincennes, de Strasbourg et d’ailleurs...

La prison ça suffit, notre liberté n'a pas de prix et n'est pas négociable
A bas les prisons et les camps de rétention
Liberté de circulation et d'installation


Tours, le 06/06/09

Collectif La Victoire
la-victoire@laposte.net

Collectif de Soutien aux Demandeurs d'Asile et aux Sans Papiers
adresse du site : http://csdasp37.free.fr/
06 34 19 64 98
csdasp37@no-log.org

mercredi 3 juin 2009

La france est un état policier... A quand les chars et les blindés ?

France – Des « virus » dans le corps social. Retour sur la contresubversion

La doctrine de la guerre révolutionnaire, spécialité française, ne subit-elle pas un regain d’actualité ? De l’ultragauche au sans-papiers, du chômeur à l’anti-hadopiste, du gréviste au schizophrène dangereux, les stigmatisations et dénonciations de groupes sociaux rappellent cette spécialité de la police et de l’armée françaises aussi appelée doctrine de la contresubversion.

Un climat de terreur latente

Si la doctrine de la guerre révolutionnaire est de retour, au moins à titre d’arme politique, cela signifie que l’ennemi intérieur, ou plutôt les ennemis intérieurs sont l’objet d’une seule et même campagne de création d’ennemis de la société [1]. Une campagne relayée et amplifiée par la caisse de résonance médiatique. Selon la doctrine de la guerre révolutionnaire, sur laquelle nous revenons plus bas, cette campagne aurait pour effet d’activer chez les groupes non stigmatisés un réflexe de non identification et de non solidarité avec les groupes stigmatisés, et, par suite, de recentrement autour du discours officiel. Des attaques multiples qui pourraient n’être qu’une tentative de terrorisation et d’orientation psychologique de la « majorité silencieuse », victime d’une manipulation destinée à servir des enjeux d’une domination politique.

Le principe marche très bien à l’échelle d’une population : pourquoi dans le cas où l’on n’appartient à aucun des groupes stigmatisés se rapprocherait-on d’eux ou adopterait-on leurs idées, à moins de vouloir se confronter aux autorités, avec ses collègues bien-pensants ou avec… son boss ? C’est ainsi que certains salariés ont refusé l’étiquette de « rouges » et ne se sont pas déclarés grévistes lors des dernières manifestations nationales.

Combien serait-on si chacun pouvait débrancher ce petit système de survie ? La suggestion marche de fait très bien, comme dans l’expérience de la goutte d’huile dans l’eau, au milieu du sel et du poivre – pour ceux qui ne connaissent pas l’expérience, l’huile sépare brutalement le sel et le poivre, qui s’en vont chacun sur un bord opposé de l’assiette. Chez les esprits bien pensants, le principe d’éloigner des groupes visés par la stigmatisation ou la répression, qu’elle soit policière ou médiatique, et, corrélativement, d’identification avec les groupes non visés, est une tendance inévitable.

Dans l’hypothèse où la surenchère sécuritaire reposerait sur une stratégie de contresubversion, les attaques répétées contre les « virus » du système politico-économique actuel auraient pour but de diffuser un sentiment de terreur et, corrélativement, de passivité, au moment même où les attaques du système démocratiques se multiplient et où le citoyen ressent qu’il a perdu le pouvoir de faire entendre ses exigences [2]. Cette perte de pouvoir est précisément ce qui doit être maintenu le plus longtemps possible dans l’ombre en limitant la propagation de l’esprit de révolte, en orchestrant la désignation d’ennemis intérieurs et la stabilisation de l’opinion. Nous verrons que cette stabilisation sert, dans le même temps, à légitimer le déploiement d’une architecture du contrôle et des choix sécuritaires en vue de la répression de tous les contre-pouvoirs émergents, autrement dit le maintien d’une politique de classes.

Retour sur une doctrine de guerre

Au Festival des résistances et alternatives à Paris (FRAP), mi-mai, Mathieu Rigouste exposait à ses auditeurs ses recherches sur les techniques de la guerre révolutionnaire, à partir notamment des archives de l’Institut des hautes études de la Défense nationale (IHEDN). En tant que spécialité qui a valu aux Français une réputation mondiale, la doctrine de la guerre révolutionnaire tire son origine d’expériences de guerres, en Indochine puis en Algérie. Ces expériences, incluant torture, disparitions forcées, infiltrations, recensement, maillage de la population, dénonciations, visaient d’une part à maîtriser l’adversaire et d’autre part à obtenir la collaboration de la population non révolutionnaire. Ces expériences furent rassemblées dans plusieurs documents au retour de la guerre d’Indochine.

La doctrine suppose que les « virus » subversifs – révolutionnaires, communistes, de libération nationale, etc. – mettent en danger la population d’une zone, ayant des effets nocifs sur son « unité » et pouvant aussi renverser l’opinion de la partie non atteinte de la population. Ces virus subversifs sont cachés au sein de la population, sans qu’on puisse séparer les citoyens inoffensifs des révolutionnaires. Ils sont logiquement organisés autour d’une OPA (organisation politico-administrative). La mission de l’armée et des services de renseignement est alors de lutter contre ces virus en identifiant et en poursuivant l’OPA dans la population globale. Pour y parvenir, il est nécessaire d’influencer celle-ci, en la persuadant de son intérêt à ne pas cacher les subversifs, à s’en éloigner, ainsi qu’à collaborer et à dénoncer les membres de l’OPA.

Constituée entre 1953 et 1960, la doctrine a fait l’expertise des renseignements et de l’armée française à l’étranger, au point que d’autres pays sont venus se former en France à ce type de tactique urbaine. Elle a été interdite officiellement en France en 1961, mais cela n’a pas empêché Mai 1968 d’en être un nouveau terrain d’application. De plus, depuis les années 1970, quoique interdite, la doctrine a sans doute contribué à façonner la grille de lecture sécuritaire face aux populations immigrées, vécues comme vecteur intérieur d’une menace globale – islamisme, terrorisme, immigration clandestine, violences urbaines… – et a entraîné la mise en place du nouvel ordre sécuritaire sur une base identitaire. C’est l’avis de Mathieu Rigouste [3], pour qui le modèle matriciel issu des guerres coloniales a imprégné la vision des politiques de sécurité intérieure et les premiers dispositifs sécuritaires.

Au sein de l’IHEDN, qui n’est autre qu’un institut créé par Pétain pour former les cadres de la nation, Mathieu Rigouste indique que la doctrine a toujours eu ses défenseurs, qu’elle y reste discutée encore aujourd’hui et continue d’influencer une élite à la fois militiaire, politique et médiatique par ses principes simples et efficaces. Or cette élite de l’IHEDN, qui est pour un tiers composée de cadres de l’armée, pour un tiers de magistrats et pour un tiers de personnalités du privé – patrons de l’audiovisuel et de la presse, du complexe militaro-industriel… –, est-elle toujours chargée ou tentée de transmettre les représentations des subversifs et la manière de les reconnaître dans le corps social ? La doctrine peut-elle s’étendre à de nouveaux ennemis, de plus en plus imaginaires ? Et dans quel but, sachant qu’une telle stratégie se double toujours d’enjeux de domination totale ?

Les « risques gris » et la mulitplication des « ennemis intérieurs »

A ces questions il est tentant de répondre par une autre : pourquoi un pays dont c’est la spécialité, qui a plusieurs fois affirmé sa supériorité dans ces techniques, y compris en 1968, et dont l’élite (militaire, médiatique, etc.) continue à être en contact avec les principes très simples de la contresubversion, bref, pourquoi l’ordre établi se priverait-il d’une telle arme ? L’on n’abandonne pas une arme qui marche, qui plus est dans un pays dont c’est devenu la spécialité en matière d’ordre social…

Plus précisément, dans un rapport des RG de 2005, au moment où la police est confrontée aux émeutes urbaines dans les banlieues, les risques « sociaux » prennent le pas sur l’islamisme, qui formait jusqu’alors le principal ennemi potentiel.

Il y a une inflexion dans la façon de considérer les facteurs de risques sociaux. Le rapport de RG généralise la cause des émeutes. Il s’agit d’un « risque gris » multiple, au sein des milieux populaires, par opposition aux milieux bourgeois. Tous les milieux populaires sont considérés comme des milieux à risques. A cette période, les discutants de l’IHEDN montrent qu’il ne semble pas y avoir de récupération gauchiste ni d’animation terroriste dans les émeutes et que ces mouvements sont avant tout « sociaux », autrement dit sans véritable OPA – l’organisation politico-administrative qui caractérisait le réseau subversif.

Curieusement, après les émeutes, la police française a redoré son blason de spécialiste mondial dans les combats contre les risques intérieurs. Depuis, quoiqu’il ne s’agisse pas de rechercher la « tête » de réseaux de subversion – et peut-être à cause de ce côté flou des « risques sociaux » mal définis –, l’on voit sans cesse brandir des solutions de quadrillage technologico-sécuritaire du territoire, comme ces derniers jours autour des établissements scolaires.

Cependant, il ne peut être question d’étendre ces instruments de contrôle à tous les espaces publics et parfois privés – cf. l’incitation faite aux commerçants de s’équiper de caméras de sécurité – sans créer ou orchestrer des événements qui le légitimeront. C’est là que le principe psychologique de la contresubversion pourrait s’avérer efficace, pour légitimer ces installations en s’appuyant sur la construction d’ennemis intérieurs désignés.

Ainsi, la croissance du nombre d’interpellations, de violences policières, de garde à vue prolongées, ainsi que de stigmatisations de plus en plus multiformes de groupes sociaux présentés comme subversifs pourraient servir la logique de domination globale d’une classe dirigeante de moins en moins « soucieuse » des libertés. Cette logique globale, au-delà des intérêts que l’on pourrait qualifier d’économiques – de relance économique par l’innovation sécuritaire, puisque la recherche et l’équipement technologique sécuritaire se trouvent de fait largement stimulés – est surtout porteuse d’une intention de maintien de l’ordre. Intimider, voire terroriser l’opinion, et par là aussi et surtout : convaincre une majorité d’adhérer au renforcement de tous les contrôles et de maintenir en place un pouvoir qu’elle serait tentée de désavouer s’il n’y avait pas ces ennemis intérieurs.

Dans les faits, les dispositifs sécuritaires conquièrent des espaces où ils n’auraient pas été tolérés un an plus tôt. Installations de caméras, fichiers de renseignements, portiques de détection des métaux, fouilles des élèves, descentes de police – vecteurs d’une « bonne insécurité » selon certains, après des descentes de prévention contre la drogue –, etc., gagnent tout le système éducatif. Dans la même logique antisubversive, il faut rappeler, fin 2008, un appel d’offres du ministère de l’Education pour la création de fichiers répertoriant les « leaders d’opinion » à l’université, analysant « leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau ».

Ce système en place depuis 2006, de l’aveu du ministère, et digne des méthodes de renseignement les plus contresubversives augure mal de la façon de considérer le milieu universitaire. Il faut dire que depuis la loi Devaquet, en 1986, et à la suite des mouvements anti-CPE en 2006, le gouvernement a fort à faire avec la lucidité d’un milieu retors aux manipulations (sans parler des prises de conscience de cette année). De fait aussi, les lieux de la criminalité désignés comme tels se multiplient, avec une focalisation particulière, ces jours-ci encore, sur le système éducatif, après le coup de poignard d’un collégien sur une prof de maths qui l’avait puni ou l’agression d’une CPE dans les couloirs d’un collège.

Des faits dramatiques surexploités et où l’on se hâte de légitimer la réponse sécuritaire par l’exemple du grand frère américain. Las, l’intelligence statistico-comparative a ses limites lorsqu’on n’oublie tant d’autres paramètres et que l’on fait l’impasse sur le bilan d’un pays en proie à une crise totale… Mais certains continuent, comme le fait le gouvernement, à se servir de l’argument d’autorité du grand frère américain. Quant aux offensives médiatiques, la liste serait longue. Quelques-unes parmi les plus visibles : en janvier 2009, le JDD titrait à propos des grévistes de Saint-Lazare : « SUD, le nouvel ennemi public », au milieu d’une campagne médiatique générale analysée par Le Plan B dans son numéro de février-mars ; des colonnes entières sont consacrées aux sacages occasionnés en marge des manifestations – anti-OTAN, anti-G20, grèves nationales… –, dont certains sont visiblement entretenus par les services de sécurité ; quant au montage de l’« ultragauche » et de la « bande à Coupat », référence aux années 1920 dont personne ne connaît plus rien, il est l’emblème du refus de laisser émerger des alternatives critiques (aux modes de production-consommation actuels, etc.) et de voir étalés au grand jour les tabous de l’ordre établi.

D’une manière générale, la presse a intérêt à relayer les attaques du gouvernement, à stabiliser l’opinion et à la maintenir éloignée des « subversifs », faisant le jeu de la contresubversion en relayant les effets d’intimidation [4]. Il faudrait ajouter, parmi d’autres, la manipulation des chiffres sur la délinquance pour modifier les principes de la justice des mineurs, les attaques aux sans-papier pour justifier des chasses à l’homme terrorisantes, la culpabilisation des associations d’aide aux sans logement (le DAL face à la justice) ou aux sans-papiers, l’organisation de la délation, etc.

Face à ce qui pourrait être des applications médiatiques du principe de contresubversion, on ne peut omettre de mentionner la grippe A, diagnostiquée comme une pandémie dès les premiers cas et elle aussi en bonne place pour maintenir l’angoisse d’une pandémie mortelle à son maximum, laisser planer la perspective d’une loi martiale prochaine – comme au Mexique début mai, où elle a favorisé des interpellations. Une situation visiblement prévue depuis mi-2007, date où un programme d’éducation récemment évoqué par le président de France Télévisions a été conçu avec l’aide de France 5, afin de poursuivre l’éducation des jeunes par des modules télévisés, dans l’hypothèse où serait pronconcée l’interdiction de sortir des chaumières.

A la différence de la guerre révolutionnaire, la figure de ces ennemis est entachée d’un flou général quant à leurs revendications. Cela rappelle le « risque gris » mentionné plus haut, et l’absence d’OPA dans un certain nombre de cas. En revanche, dès qu’un simili d’OPA se présente, il devient une cible directe. Un risque gris émergeant qui plonge ses racines dans la remise en cause de l’ordre établi, la lutte contre un Etat mafieux ou, comme on pourrait le dire à l’ancienne : la lutte des classes… Et cela au sein des milieux populaires, mais pas seulement – Coupat dans l’interview qui précède sa remise en liberté a cette phrase : « Il y a de la plèbe dans toutes les classes » (citant Hegel)…

C’est ainsi que sont visées toutes les voix discordantes qui ne servent pas la « planification » étatique en matière de développement industriel et social, les choix de l’innovation et de la croissance financière, toutes les voix discordantes qui luttent contre les choix sécuritaires et de contrôle, contre la régression du droit du travail et les choix de mise au pas du salariat par les grandes instances internationales, et enfin toutes les générations susceptibles d’apprendre et de repenser le monde autrement – d’où la focalisation sur les étudiants et la jeunesse. Tout cela doit être considéré comme des virus et il faut empêcher la collusion et le rapprochement du reste de la population avec eux, qui pense : « Plutôt ma sécurité que de moisir au poste 96 heures pour avoir barbouillé un panneau publicitaire »… (comme c’est arrivé récemment à des antipubs).

Ces « virus » peuplent les journaux, les postes de police ou les prisons, soumis à des procédures d’interpellation, de garde à vue et d’emprisonnement de moins en moins conformes au droit et à la justice. Les rapports récemment publiés d’Amnesty, de la LDH ou de la Commission de déontologie de la sécurité confirment la tendance, même s’ils font l’objet d’une médiatisation infime et que la classe politique s’en saisit très peu. Même, à un autre niveau, le bilan 2009 de la CNIL – qui comportait des critiques sur les atteintes au droit dans la loi Création et Internet – a subi un retard de publication jusqu’au dernier vote de la loi Hadopi afin de limiter sa médiatisation. C’est dire la transparence dans laquelle ces rapports sont publiés et accueillis par la classe politique. Sans doute les rapports sur la sécurité seront-ils eux aussi lettre morte au niveau politique, car les violences policières et les interpellations dites régulières sont, vis-à-vis des subversifs, la preuve renouvelée d’une stratégie de violence morale et d’une urgence de soumission générale de la société.

Ici, en temps de paix, les caméras, interpellations, fichiers, enregistrements divers valent pour le quadrillage des villes et les barrages filtrants dans la casbah d’Alger en pleine guerre d’Algérie. En temps de paix aussi, cette arme psychique qui consiste à faire grandir les peurs, sur fond de crise économique, s’avère être l’arme idéale pour faire admettre une politique d’inégalités contraire aux intérêts de la majorité.

L’ère de la manipulation

Voilà au final à quoi pourrait servir la multiplication des groupes stigmatisés et l’amplification du volume des attaques contre toutes sortes d’opposants : 1) faire agir la séparation spontanée entre « ceux qui n’ont rien à se reprocher » et les personnages « dangereux pour la société » ; 2) faire entrer en vigueur tous les dispositifs les plus impensés auparavant afin de préparer le contrôle de tous les espaces sociaux, voire privés ; 3) Maintenir un ordre de domination dont les intérêts sont classiques : la domination sans contre-pouvoir, avec de nouveaux instruments de l’ordre, y compris les techniques d’intimidation psychologique.

L’on peut considérer aujourd’hui que l’Etat et la classe dominante organisent la domination d’une manière technique, en abusant de leur statut officiel d’Etat et de dirigeants ou de professions influentes, par la dénonciation officielle d’ennemis de l’ordre intérieurs dont il s’agit d’éloigner le reste de la population. Il faut organiser la suspicion à l’égard des fauteurs de troubles afin qu’elle soit plus forte que la suspicion que peuvent engendrer le maillage des lieux d’existence par l’industrie sécuritaire ou le marketing, la destruction systématique des oppositions émergentes et les politiques d’inégalités. C’est en effet le seul biais qui s’offre à eux pour maintenir un simulacre d’adhésion. Et cela marche sur tous les esprits bien-pensants.

Et si cela s’avérait ne pas être une technique de contresubversion – mais une logique autogénérée par le système de gouvernementalité actuel, fondé sur des calculs de risques, et qui, selon une logique foucaldienne, génère de façon systématique des instruments d’analyse et de contrôle de ces risques pour installer ses parefeux là où sont décelés des risques d’insécurité –, les conséquences psychologiques sont identiques : le témoin des coups de sang des ministres et des stigmatisations à l’emporte-pièce interprète que, s’il est un bon citoyen, il ne doit pas s’acoquiner ou collaborer avec les « rebelles ».

Inquiéter, terroriser ou empêcher les plus dociles de rejoindre le camp « rebelle » : cela marche sur tous les esprits bien-pensants à l’heure ou il semble que la pire des obcénités soit devenue l’exigence de liberté.

Louise Renard

Notes [1] On pourrait ajouter d’autres axes, ils se multiplient tous les jours et convergent, sans réelles raisons, à former un ennemi global : ainsi, de l’anti-hadopiste (cf. le salarié de TF1 licencié) à l’anti-ogm, dont les premiers sont « criminels » vis-à-vis de l’industrie de la création, et dont les seconds pourraient un jour se voir accusés d’empêcher certains industriels de « nourrir l’humanité », vu la tendance de la propagande pro-ogm à affirmer être une solution contre la faim dans le monde… Les axes seront sans doute innombrables dans quelque temps, ce qui, dans l’hypothèse de forger une ennemi global, peut avoir pour effet de faciliter la doctrine de la contresubversion, car les interpellations seront d’autant plus faciles que le chef d’accusation sera imaginaire.

[2] Emblématique de ce qu’est devenu le débat parlementaire : la campagne anti-hadopiste a montré à quel point l’Assemblée était vidée de sa fonction démocratique. Des députés de la majorité ont fait savoir en effet, entre les deux passages à l’Assemblée, tout leur mépris du processus démocratique (la loi passera, martèle l’un d’eux), avouant par là que les votes se réduisent toujours plus à une procédure formelle et que le travail parlementaire ne protège plus des effets d’une politique de domination.

[3] Cf. « L’ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine », de Mathieu Rigouste. Consultable sur le site de l’éditeur :

http://www.editionsladecouverte.fr.

[4] La caisse de résonance médiatique partage une large responsabilité dans la diffusion de l’intimidation. L’effet psychologique joue d’autant mieux que la saturation d’informations empêche d’élaborer les faits et maintient l’opinion dans l’incapacité de s’interroger réellement sur ce qui s’est passé. La succession des messages semble court-circuiter les processus de réflexion. La diffusion de messages traumatisants oblige de plus chacun à brider sa sensibilité et à endommager la capacité de critique et d’engagement.


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Source : Résistances et solidarité

vendredi 29 mai 2009

Criminalisation de l’homosexualité en Afrique

SIS : La criminalisation de l’homosexualité se développe en Afrique comme on l’a vu récemment au Burundi. Comment l’expliquez-vous ?

PA : L’homosexualité est très liée à l’impérialisme occidental dans les représentations populaires africaines. La fronde publique contre cette orientation sexuelle devient une cause morale et le dernier bastion sur lequel certains pensent devoir transposer le rejet d’une supposée « dépravation de l’Occident ». Si au sein des gouvernements africains, certains dirigeants rejettent cette conviction que l’homosexualité est le fait des Occidentaux, ils subissent une si forte pression de la rue et des populations, qu’ils se sentent obligés d’agir en conséquence. Au Cameroun, en 2006, une partie de la presse privée a publié des listes de personnalités présumées homosexuelles. Le président de la République, peu réputé pour ses idées libérales, a pourtant pris la parole pour expliquer que la sexualité relevait du domaine de la vie privé. Eh bien il s’est fait lyncher le lendemain par la presse qui l’a accusé de soutenir ses amis occidentaux avec qui il entretenait des compromissions serviles. Rama Yade est l’une des personnalités françaises les plus détestées sur le continent pour son soutien aux homosexuels. Je me souviendrai toujours de ce journal camerounais avec sa photo à la une et le titre en dessous : « la France soutient les pédés ». Il ya aussi l’influence du religieux. Le président Abdoulaye Wade est sans aucun doute conscient des questions des droits de l’homme. Mais le Sénégal est un pays musulman très religieux et un certain fondamentalisme agit contre l’homosexualité. Partout sur le continent, des gens en quête de reconnaissance et des populations revanchardes contre les anciens colons ont fait de la lutte contre l’homosexualité une cause du nationalisme culturel.

Source : Séropo, années 2000...

jeudi 28 mai 2009

Anesthésie

Il y a lui, moi et elle.

Il y a cette danse des corps. A chaque fois, redécouvrir, réapprendre, tout en sachant que je vais les retrouver comme hier ou avant hier. Douceur, passion, plaisir, échange et réconfort. Le rythme de ma vie n'est pas linéaire. Ponctué d'odeurs changeantes, je voyage avec mon nez, mes mains, à la découverte de la multiplicité des plaisirs. Ces deux corps, ces deux individualités, me posent, me gardent, me protègent. Cette non-stabilité me stabilise. Elle est comme une valse, entre deux cavaliers, ou tours à tours les rôles bougent, mutent, se transmutent, où les pas de danse sont des pied de nez à la conformité grasse de bêtise.

Comme un étranger en terre inconnue...

Non, comme un virus en corps connu. Corps social en perdition, j'y insère cette dose nécessaire de subversion érotique, de cette image qui choque, pour mon propre plaisir. Honte ? Pourquoi ? Si honte il y a, c'est de cette société là. Un virus contre un autre. Le mien, virus piratant les bases de mes relations sociales, contre le sien, fantôme, vampire, qui se nourri de son sang.

Prosélytisme assumé, puisqu'assez de devoir se retenir. La valse ne se retient pas, elle. Contre la morale de la vie sous chloroforme, sous cachetons, sous cannabis. "La révolution sous cana ne pousse pas la jeunesse à l'effort".

Marie-jeanne, cette compagne, qui me porte dans ces volutes, dans ce rêve éveillé, que je forge de mon envie irrésistible : renverser cette normalité étouffante. Réaliser, ici et maintenant - au moins çà. La poésie de la luxure aura eu droit de citer, dans cette courbe si droite, sous le règne du capital.

Quoi ? quoi donc ? Mon sexe serait donc déterminant dans le regard que l'on me porte ? Mais que savez vous, messieurs les censeurs, des plaisirs simples, dont celui d'aimer ? Mais que savez vous, révolutionnaires de la convergence, de vos désirs ? Que désirez vous, POUR VOUS ? Écoutez-vous seulement votre esprit, qui vous hurle de cesser cette vie standardisée et standardisante ? A force de parler, votre langue n'est même plus un objet de désir, seulement une grève, celle de votre pensée.

Quoi ? Chacun sa vie ? Dans ce cas, chacun son travail, chacun son exploitation. Ne voyez-vous pas que vos émotions, bridées, ne servent que l'ennemi ? Ne voyez-vous pas que face à la camaraderie, entière et pleine, face au réseau, ils ne peuvent brider ce virus, cette nouvelle sociabilité, enzyme de la contestation à la morale sexuelle ? Ne voyez-vous pas non plus que l'opposition ne peut que s'accompagner de construction ? S'opposer à la tristesse du patriarcat, c'est construire une autre sensualité.

La poésie des désirs, voilà notre pavé. L'amour libre, voilà notre barricade. Se restreindre, c'est faire leur jeu. C'est commencer à accepter la défaite. L'amour libre, c'est je, c'est lui, elle, nous. C'est cette géopolitique des plaisirs, celle qui détruit en acte ce que l'on nous apprend dans les livres, à la TV, au cinéma, dans ces "loisirs" (que je hais ce mot)... Anesthésie...